27.05.2026
N°1 2026

La médiation musicale avec l’exemple d’un projet de musique communautaire

La médiation musicale est un domaine très vaste: partout où la musique est enseignée, produite, jouée ou interprétée, il y a, d’une manière ou d’une autre, une forme de médiation musicale. Pour préciser cette notion, nous présentons un sous-domaine, la «musique communautaire», à travers l’exemple de l’Orchestre Lotter. Il ne s’agit pas tant de transmettre une certaine musique d’un groupe à un autre, comme c’est généralement le cas dans la médiation musicale à vocation pédagogique, mais plutôt d’un processus de médiation complexe, qui s’opère dans différentes directions et à différents niveaux. On peut en déduire des actions possibles pour renforcer la participation sociale à la musique classique et pour utiliser cette dernière dans le cadre de la formation des adultes.

Dans les pays germanophones, il existe actuellement de nombreux termes liés à la médiation musicale: ils englobent la médiation culturelle, l’éducation culturelle, la participation culturelle, les concerts pédagogiques, la conception de concerts, l’éducation, la musique communautaire et toutes les formes de concerts, qu’ils soient destinés aux enfants, aux familles ou qu’ils soient interactifs. Ces termes incluent aussi la diffusion, l’éducation des spectateurs et le développement du sentiment d’appartenance. La notion de «médiation musicale» s’est désormais tellement imposée qu’elle est même employée dans les intitulés de poste dans les pays anglophones. En tant qu’experte de la médiation musicale, après de nombreuses années d’enseignement et d’expérience professionnelle, j’ai élargi la notion de «médiation musicale» en y ajoutant le qualificatif «artistique». Dès lors, j’ai considéré cette notion de «médiation musicale artistique» comme une posture et une méthode pour que les créateurs musicaux puissent, par des moyens artistiques, s’impliquer dans un monde complexe. Cet engagement dépasse le cadre des partitions musicales et, à travers celui-ci, les créateurs musicaux contribuent aussi à façonner le monde (Weber, 2018). Ce concept offre une base théorique pour une forme de médiation musicale qui ne s’adresse pas seulement aux jeunes, mais qui englobe également des projets artistiques destinés à toutes les tranches d’âge. S’agissant des professionnels du monde culturel, un large éventail d’acteurs a été pris en compte: toutes les personnes qui, dans le cadre de leur métier, sont en contact avec une culture musicale classique qui, parallèlement à l’évolution générale de la société, traverse une période de bouleversements. Les actrices et acteurs de la musique savante occidentale évoluent entre les pôles, parfois très éloignés l’un de l’autre, que sont la tradition et l’innovation. Ils luttent pour faire évoluer et pour préserver leurs formats et leurs contenus, leur public et leur culture de concert. La médiation de la musique dite «savante» s’adresse avant tout aux personnes qui s’intéressent aux grands enjeux (sociétaux). Une chose est sûre: la médiation de la musique savante n’est pas seulement apparue en raison de l’évolution de la société durant ces dernières décennies; elle joue aussi un rôle pionnier, sur les plans artistique, ludique et créatif, dans ce contexte global difficile, et elle explore de manière ludique le paradoxe selon lequel on ne peut préserver que ce qui change.

Mon travail d’experte de la médiation musicale repose sur une hypothèse fondamentale selon laquelle ces musiciennes et musiciens réfléchissent, par des moyens artistiques, au système dans lequel ils agissent. Pour cela, ils quittent sans cesse la scène pour rejoindre l’espace public, s’éloignant ainsi du refuge sécurisant que leur offre leur cœur de métier. Pour engager un dialogue avec la société, ils se retrouvent dans des situations où ils doivent pouvoir improviser, composer, parler et écrire à propos de la musique, et agir de manière artistique dans des contextes psychologiques et sociaux difficiles. C’est avec cet horizon élargi qu’ils reviennent dans leur système afin de le transformer. L’objectif de cette transformation est de permettre au plus grand nombre possible de personnes d’accéder à une culture qui, depuis des siècles, s’est éloignée d’une grande partie de la société et qui a, de manière plus ou moins consciente, façonné un contexte global qui a entravé les accès à cette culture. Selon Pierre Bourdieu (1979), le fait d’écouter de la musique classique, de la connaître et d’assister à des concerts de musique classique relève du «capital culturel». Ainsi, le fait d’être exclu de cette culture peut signifier une perte considérable sur le plan social et du point de vue de la psychologie du développement. Mais quelles opportunités une personne manque-t-elle si elle ne peut pas s’immerger dans l’univers de la musique classique ou si elle ne dispose pas des compétences culturelles nécessaires pour l’apprécier pleinement? 

Les effets de la «nouvelle» musique

Il existe des centaines de formes musicales à travers le monde. Chacune d’entre elles remplit de nombreuses fonctions différentes: la musique peut permettre de s’évader du quotidien. Parfois, elle sert de thérapie ou permet de se représenter les choses. Elle peut contribuer à la synchronisation du groupe, accompagner des rituels, favoriser la réflexion et la distinction. On peut aussi attendre d’elle qu’elle améliore notre humeur, qu’elle nous stimule physiquement ou qu’elle nous rappelle les temps passés. Il existe aussi un autre genre musical dont la fonction est d’aider les gens à écouter très attentivement: c’est dans cette catégorie qu’il convient de situer la majeure partie de la musique classique. Au sein de celle-ci, le genre particulier de ce qu’on appelle la «nouvelle musique» constitue l’exemple le plus extrême lorsqu’il s’agit de faire preuve d’une écoute attentive. J’ai souvent utilisé la musique classique contemporaine pour mener des expériences avec des étudiants en musicologie. Je leur ai fait écouter de la musique contemporaine avec des personnes de leur entourage ou des membres de leur famille qui n’avaient encore jamais écouté ce style de musique. Les étudiants en musicologie ont créé un cadre offrant des conditions idéales et une ambiance agréable pour écouter de la musique ensemble. L’objectif était d’éviter que les personnes peu habituées à écouter de la musique contemporaine ne se détournent de ces sonorités qui, chez elles comme chez la plupart des autres personnes sans expérience préalable, déclenchent un réflexe de fuite. Avant l’écoute, les personnes n’avaient reçu aucune information sur la musique qu’elles allaient écouter. Seules des instructions sur le comportement à suivre leur avaient été données: on s’installe ensemble dans un endroit calme, on ferme les yeux pendant que l’on écoute la musique, et on ne parle pas. Et on se prépare à écouter et à observer avec une concentration totale pendant une dizaine de minutes, en prêtant attention aux sentiments et aux images que l’on perçoit. Immédiatement après l’écoute, ces images ont été présentées aux étudiants en musicologie sans commentaire. Elles ont ensuite été recueillies et analysées en groupe. 

Il s’est avéré que l’effet de la musique sur ces auditrices et auditeurs (non) préparés était presque le même: les personnes ont été captivées par un monde inconnu. Elles ont été bouleversées par la découverte d’un univers inexploré, et certaines personnes ont été submergées par des émotions intenses. Cette expérience les a profondément touchées. Beaucoup ont évoqué des images tirées de l’univers du cinéma. L’utilisation d’intervalles dissonants non résolus, de sons perçus comme dangereux ou inquiétants, de notes aiguës soudaines, de grondements graves et menaçants qui s’amplifient, de trilles stridents, de bruits de respiration bruyants et de rebondissements inattendus a rappelé à de nombreuses auditrices et auditeurs des scènes de films traitant de sentiments et d’images existentielles. Sur la base de ces observations, les étudiants ont élaboré des concepts visant à enseigner aux personnes, sur le long terme, une technique d’écoute de la musique contemporaine. Celle-ci est la forme la plus radicale d’univers sonores inconnus. C’est la raison pour laquelle, après une telle expérience, initier des auditrices et auditeurs novices à toutes les autres formes de musique classique semble être un jeu d’enfant pour les spécialistes de la médiation musicale. Et c’est là que j’interviens, lorsqu’il s’agit d’«expérimenter» ensemble, avec des personnes issues d’horizons très différents, à partir de matériaux sonores expérimentaux.

Le projet Orchestre Lotter: la médiation musicale dans le cadre de la musique communautaire

La médiation musicale est un domaine très vaste. Partout où la musique est enseignée, produite, jouée ou interprétée, il y a, d’une manière ou d’une autre, une forme de médiation musicale. C’est pourquoi il convient d’abord de préciser cette notion à l’aide d’un exemple concret. Un aspect de la médiation musicale appelé «musique communautaire» est présenté ci-après avec l’exemple du projet Orchestre Lotter. Ici, l’objectif principal n’est pas de transmettre un genre musical particulier d’un groupe à un autre, comme c’est généralement le cas dans la médiation musicale à vocation pédagogique. Il s’agit plutôt de se concentrer sur un processus de médiation complexe, qui s’opère dans différentes directions et à différents niveaux. Ce processus concerne tant de domaines de la culture et de la vie quotidienne qu’on ne peut guère parler de «médiation musicale» dans ce contexte. Le terme de «médiation culturelle» est plus approprié. La musique est le ciment qui unit toutes ces personnes très différentes. 

Le projet Orchestre Lotter réunit des personnes issues d’horizons très divers. Elles connaissent des situations de vie très différentes et se rassemblent pour faire de la musique ensemble. Dans le cadre d’une sorte d’atelier ouvert à toutes et à tous, des actrices et acteurs du monde de la culture – professionnels ou non – des jeunes et des personnes âgées, ainsi que des personnes avec ou sans handicap se retrouvent une fois par mois, le dimanche après-midi. La composition du groupe est flexible, et les personnes peuvent participer activement ou simplement observer. Étant donné que le groupe est extrêmement hétérogène, il faut faire preuve d’une grande créativité pour trouver le plus petit dénominateur commun avec lequel on peut «jouer» de la musique. Ce qui est appris grâce à l’intelligence collective au sein de ce grand groupe est ensuite mis en pratique par des groupes plus petits dans des établissements pour personnes âgées (par exemple des maisons de retraite ou des services spécialisés pour personnes atteintes de démence). Les expériences sonores, la liberté d’interprétation du répertoire et les possibilités offertes par des instruments fabriqués à partir d’objets du quotidien en constituent la base. Ce processus exigeant d’apprentissage et de pratique en commun, qui consiste à s’ouvrir à des esthétiques et à des parcours éducatifs différents, permet aux musiciennes et musiciens d’aller musicalement à la rencontre de publics que l’on ne retrouve pas dans les formats de concerts traditionnels. Sur le plan organisationnel, le projet Orchestre Lotter se compose d’une équipe réunissant des représentants de toutes les parties prenantes, ainsi que d’un groupe flexible, sans cesse élargi et renouvelé, composé de personnes âgées et de jeunes issus du milieu culturel. L’accent est mis sur les personnes ayant atteint l’âge de la retraite et sur les jeunes musiciennes et musiciens qui ont encore peu d’expérience dans les relations avec d’autres groupes sociaux.

Comme les personnes très âgées sont particulièrement touchées par la solitude, la pauvreté ou la maladie, elles participent rarement à des activités sociales et culturelles. En effet, les offres culturelles haut de gamme, comme la musique classique, s’adressent à des personnes issues d’un milieu bourgeois et cultivé. Ces offres sont en outre souvent coûteuses et s’accompagnent d’une certaine pression liée à la représentation. Les personnes vivant dans des établissements pour personnes âgées, en particulier, en sont largement exclues. La participation culturelle jouerait donc ici un rôle essentiel: en encourageant les personnes âgées à participer activement à la musique classique et expérimentale, on pourrait également améliorer leur qualité de vie. 

Face à cette situation sociale difficile, le projet Orchestre Lotter met en œuvre des méthodes qui favorisent l’accès à la culture, encouragent la créativité et favorisent les liens sociaux. En nous appuyant sur les méthodes de la musique communautaire, nous explorons de nouvelles formes de médiation culturelle et recherchons des approches co-créatives afin de trouver une mise en œuvre originale pour les mélodies classiques et la musique instrumentale. Dans le cadre de ce projet, nous souhaitons aussi permettre aux personnes âgées, à leurs proches et au personnel soignant d’accéder aux mouvements artistiques qui ont façonné le XXe siècle, du dadaïsme au Fluxus en passant par Kagel. Tout cela s’inscrit dans la lignée des anciennes traditions suisses consistant à fabriquer des instruments à partir de matériaux rudimentaires. D’un autre côté, ce projet offre aux jeunes musiciennes et musiciens professionnels un cadre ludique et organisé, leur permettant d’acquérir des compétences artistiques et relationnelles au contact d’un public très spécifique, et d’explorer de nouvelles voies artistiques et créatives.

Pour instaurer un cadre prenant en compte la situation sociale complexe et ses facteurs parfois contradictoires, il faut plus qu’un simple atelier ou un simple concert. Au cours d’un processus en plusieurs étapes, nous concevons un «troisième espace» dans lequel il est possible de jouer, de raconter des histoires et de chanter ensemble. Cet espace est mis en place de manière empirique à l’aide d’un vaste ensemble hétérogène. Il est ensuite mis en œuvre avec de petits groupes dans des établissements pour personnes âgées. C’est un espace où les bruits, les voix, les chansons et les sons transforment momentanément l’atmosphère de la cafétéria d’une maison de retraite en un lieu interactif qui rappelle «le bon vieux temps». 

Dans le cadre du projet Orchestre Lotter, ma longue expérience dans la médiation de la musique classique contemporaine avec divers groupes sociaux constitue le socle de ce type très particulier de musique communautaire: une approche expérimentale de la musique et des instruments de musique peut s’avérer utile pour rassembler des personnes d’âges différents, aux goûts musicaux différents et aux situations de vie diverses, de manière à ce que toutes participent activement et se sentent intégrées. C’est pourquoi, dans le cadre du projet Orchestre Lotter, nous développons en permanence notre gamme d’instruments à partir d’objets de récupération – égouttoirs rouillés recouverts de peau pour former des tambours, vielles cannes munies de cordes – et nous les utilisons pour interpréter de manière expérimentale des chansons populaires et des histoires «d’autrefois». Les instruments de l’Orchestre Lotter créent des univers sonores dans lesquels des mélodies et des voix narratives peuvent prendre forme, en interaction avec de «vrais» instruments et des musiciennes et musiciens professionnels. Plutôt que d’utiliser leur voix, les personnes ont tendance à prendre l’un des objets transformés en instrument de musique et à l’essayer par curiosité. C’est notamment le cas lorsque l’objet en question est amusant, fantaisiste ou singulier et qu’il évoque des époques révolues – par exemple une vieille canne surmontée d’une cloche de mouton ou un cadre photo sur lequel on a tendu deux cordes et qui contient une lithographie historique. Le chant n’arrive qu’en deuxième position. On choisit de préférence des chansons connues, mais qui ne sont pas répétées comme dans une chorale, mais réinterprétées et associées à des histoires d’autrefois. Ici aussi, la règle suivante s’applique: un peu d’excentricité et d’improvisation aident à créer une ambiance ludique qui, tôt ou tard, permettra aux personnes participantes de se dévoiler un peu. Elles le feront par leur voix, par une anecdote tirée de leur vie ou en jouant d’un instrument. Un tel processus doit être encadré par des professionnels possédant une grande expérience dans le domaine de la musique communautaire: des personnes qui maîtrisent l’art du récit, le travail de la voix et du mouvement, et qui entretiennent des liens étroits avec des professionnels du travail social. C’est ainsi que l’on peut instaurer la confiance. Cela vaut non seulement pour les personnes très âgées, mais aussi pour les jeunes artistes impliqués, qui sont souvent peu à l’aise lorsqu’il s’agit de créer une proximité sociale avec des publics qu’ils ne connaissent pas. 

Actions possibles pour favoriser l’accès de toutes et tous à la musique classique

Ce projet de médiation musicale, très spécifique et très concret, permet d’identifier certaines actions possibles sur la manière dont les musiciennes et musiciens classiques et les institutions culturelles classiques peuvent développer et appliquer des idées et des concepts adaptés à une société en mutation, notamment en matière d’appartenance et de participation culturelle à la musique classique. En résumé, j’essaie de formuler ces actions sous forme de maximes. 

  • Le personnel des institutions culturelles doit être sélectionné selon le principe de la diversité. Ainsi, il est possible de toucher, de représenter et aussi d’intégrer différents groupes sociaux.
  • Le contenu artistique d’une institution culturelle et ses acteurs doivent toujours être présents dans l’espace public – non pas à des fins de marketing, mais en tant que voix artistique qui crée des liens.
  • Les concerts et la «culture» globale d’une institution doivent être conçus de manière à ce que les différents groupes sociaux s’y sentent les bienvenus. 
  • Différents groupes sociaux doivent être régulièrement associés aux productions artistiques participatives proposées par les institutions culturelles.
  • Celles-ci doivent nouer des partenariats avec des organisations jouant un rôle important pour les groupes sociaux concernés.

Pour permettre à différents groupes sociaux de participer, les orchestres et les organisateurs d’aujourd’hui doivent toutefois collaborer avec d’autres types de musiciennes et de musiciens que jusqu’à présent: ils doivent solliciter des musiciennes et musiciens qui s’intéressent aux personnes issues de milieux sociaux variés et qui apprécient le fait de s’engager dans de véritables rencontres musicales et de jouer ensemble. Des musiciennes et musiciens qui souhaitent s’adresser à leur public actuel ou futur même en dehors de la scène, que ce soit dans le cadre d’ateliers concrets ou dans des «lieux tiers», par exemple dans le foyer ou dans l’espace public. Des musiciennes et musiciens capables de communiquer verbalement avec divers groupes sociaux. Des musiciennes et musiciens capables de réinterpréter et de réinventer des morceaux de musique en collaboration avec divers groupes sociaux. Des musiciennes et musiciens prêts à improviser, à modifier la musique, à la raccourcir, à la diffuser d’une autre manière et à la simplifier. Des musiciennes et musiciens qui ont une approche interdisciplinaire et qui sont capables de traduire la musique en danse, en mots ou en images. 

Cependant, les appels en faveur de nouvelles pratiques engendrent de fortes résistances dans le monde de la musique classique, car bon nombre des traditions établies permettent avant tout un fonctionnement fluide et automatisé. Mais si l’on considère la question du point de vue de certains groupes sociaux fortement sous-représentés dans les concerts, on constate que le besoin de participation et de renouveau est très grand. Pour chaque groupe social, il faudrait en tirer les conséquences qui s’imposent pour l’ensemble du fonctionnement d’un orchestre ou d’un organisateur. La tâche est immense.

Points de repère pour la formation continue

Cette approche offre également divers points de repères pour la formation continue, même si la médiation musicale artistique se distingue délibérément des formats d'enseignement et d'apprentissage classiques qui sont structurés de manière didactique. Pour les adultes en particulier, l'orientation vers la musique communautaire ouvre une voie qui vise moins la transmission de connaissances au sens strict que le partage de processus d'expérience. Dans ce contexte, l’apprentissage n’est pas principalement compris comme l’acquisition de compétences définies, mais comme un processus ouvert, dialogique et sensoriel qui intègre les parcours, les intérêts et les formes d’expression des individus. Des formats tels que l’Orchestre Lotter peuvent ainsi être compris comme des espaces d’apprentissage visant à permettre et à favoriser des processus éducatifs participatifs fondés sur l’expérience. Ce n’est pas l’encadrement par des expertes et experts qui est au centre, mais l’action co-créative au sein d’un groupe hétérogène. Les adultes apportent leurs propres expériences de vie et musicales puis les enrichissent grâce à l’échange avec les autres. Il en résulte des processus d’apprentissage qui concernent aussi bien la perception esthétique, l’action créative que les compétences sociales et communicatives. Il est particulièrement important de noter que même les incertitudes et le manque de connaissances peuvent devenir productifs, car ils servent de points de départ à une expérimentation commune. Pour les adultes qui ne se reconnaissent pas (ou plus) dans les contextes de formation classiques, ces formats peuvent justement constituer un accès à bas seuil. Pour la formation continue, cela donne lieu à des impulsions visant à moins structurer les espaces d’apprentissage et à mettre plutôt l’accent sur l’ouverture, la participation et l’orientation vers les processus. La pratique artistique peut ici être comprise comme une forme d’apprentissage tout au long de la vie qui vise la participation, l’estime de soi et la création collective de sens.

Bibliographie

Bourdieu, Pierre (1979): La Distinction. Critique sociale du jugement. Les Editions de Minuit: Paris.

Recommandations de lecture de l’autrice

Petri-Preis, Axel; Voit, Johannes (Dir.) (2023): Handbuch Musikvermittlung - Studium, Lehre, Berufspraxis. Bielefeld: transcript Verlag.

Weber, Barbara Balba (2018): Entfesselte Klassik. Grenzen öffnen mit künstlerischer Musikvermittlung, Bern: Stämpfli.

Weber, Barbara Balba (2019): Meine Musik auch für Dich. Teilhabe im Musikbetrieb, dans: Nationaler Kulturdialog (Dir.), Kulturelle Teilhabe. Ein Handbuch, Zürich: Seismo, pp. 212–219.