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Littérature

Dans le cadre d’une expérience radicale, le chercheur britannique Charles Foster a tenté de comprendre par lui-même comment vivait l’être humain, ou plutôt l’Homo sapiens, au début de l’Âge de pierre, il y a environ 40 000 ans. C’est à cette époque que, selon les hypothèses scientifiques, la « modernité culturelle » a commencé à se développer, avec des rites funéraires, la peinture et la musique. Pour ce faire, Foster a vécu dans les forêts, lutté contre la faim et le froid, affronté les premiers démons de la civilisation, rencontré des agriculteurs biologiques, visité des abattoirs et fait l’expérience de toutes sortes d’états de conscience. En tant qu’éthicien médical et vétérinaire doté de solides connaissances spécialisées, Foster ne se contente pas d’écrire sur sa propre expérience, mais il relie également son expérience radicale aux connaissances scientifiques sur les humains et les animaux. Le chercheur, qui a déjà tenté de vivre comme un animal dans le cadre d’autres expériences personnelles tout aussi radicales, est convaincu que l’être humain dispose de nombreux types de perceptions sensorielles qu’il n’utilise généralement pas. Tout le contraire des hommes de l’Âge de pierre qui, selon la conviction de Foster étayée par des études anthropologiques et ethnologiques, utilisaient mieux leurs sens et faisaient des expériences pour lesquelles nous manquons aujourd’hui d’ouverture d’esprit, notamment parce que nous avons une conception beaucoup trop étroite de la vie des animaux. Charles Foster (2025): Nous, les humains: Un voyage de 40 000 ans aux origines de la conscience. Actes Sud. Dans cet ouvrage, le musicien et chef d’orchestre Kent Nagano revient sur les leçons qu’il a apprises de manière imprévue et inattendue au cours de sa carrière. Le livre traite des rencontres qui ont marqué la vie et la pensée du chef d’orchestre international bien au-delà de sa carrière artistique. Leonard Bernstein lui a par exemple appris qu’il n’y a pas de réponses définitives en musique, ni dans d’autres domaines. Frank Zappa lui a enseigné que les vrais artistes ne font pas de manœuvres tactiques. Björk lui a appris à prendre le hasard au sérieux. Parmi les leçons que Nagano a apprises dans son parcours en tant que chef d’orchestre, on trouve également des notions telles que l’humilité, l’intégrité ou l’art de renoncer. Rétrospectivement, Nagano est convaincu d’avoir appris de ces rencontres des choses qui ne s’apprennent pas dans les livres et les partitions, mais uniquement auprès des gens. Parmi ces souvenirs racontés de manière divertissante figurent également des expériences d’échec et des leçons amères. Comme celle d’avoir été renvoyé dès son premier emploi de chef d’orchestre à cause d’une négligence. Mais cela aussi s’est finalement transformé en « leçon » : il n’a plus jamais commis la même erreur. Et il a compris : « Nous devons être mis au défi, confrontés à l’impossible, provoqués à le relever. » Kent Nagano (2021): 10 Lessons of my Life. Was wirklich zählt. Berlin Verlag (édition en allemand). Pourquoi il ne faut pas mettre la tête dans le sable, cela va sans dire, surtout en ces périodes instables que nous traversons actuellement. Mais pourquoi ne faut-il pas mettre le sable dans sa tête ? Ce que l’auteur veut dire ici, c’est qu’il ne faut pas prendre pour vérité le sable que l’on vous jette aux yeux. L’auteur autrichien, dont le livre regroupant essais, réflexions et poèmes ne rentre dans aucune catégorie, ne se qualifie pas de philosophe, mais plutôt d’« écrivain s’intéressant à la philosophie ». Dans ses analyses comtemporaines, il aborde de manière critique et stimulante les grandes questions difficilement résolubles liées aux crises et aux guerres actuelles, ainsi que les aspects triviaux du quotidien, comme l’éponge de bain à manche. Ce qui amène l’auteur lui-même à conclure : « Dans ce livre, qui est construit sur du sable, règne une certaine confusion. La publicité dirait qu’il y a un lien, une cohérence dans cette confusion. Non, c’est l’expression d’une conscience déchirée. » Et donc, une fois de plus, d’une actualité brûlante. Franz Schuh (2025): Steckt den Sand nicht in den Kopf. Zsolnay (édition en allemand).

Littérature

Le think tank Transit lancé par la FSEA organise des discussions sur des questions d’avenir avec des spécialistes issus des domaines les plus divers. Dix de ces entretiens effectués au cours de ces trois dernières années viennent d’être publiés sous la forme d’un livre. Ces entretiens abordent différentes questions, parmi lesquelles les conditions sociales et technologiques nécessaires à l’apprentissage d’aujourd’hui et de demain, les compétences qui seront nécessaires à cet effet et le niveau d’apprentissage exigé pour faire face aux défis qui se poseront à la société dans les années à venir. Les personnes interviewées sont issues de domaines comme l’éducation des adultes, la philosophie, l’art et les sciences culturelles, les sciences sociales et les neurosciences. Sgier, Irena & Schenkel, Ronald (2022): Zusammenhänge. Zehn Gespräche über das Lernen von Erwachsenen heute und morgen. Zurich: FSEA Dans un numéro double complet, la revue numérique autrichienne erwachsenenbildung.at se penche sur la transition numérique dans l’éducation des adultes. Cette édition s’interroge à ce propos: «Dans quelle mesure la transition numérique modifie-t-elle la pratique de l’éducation des adultes pour les apprenant·e·s et les enseignant·e·s?» Dans ce cadre, il est notamment question des conséquences de la pandémie de Covid-19. La revue analyse également les évolutions à long terme; les éditrices Elke Gruber et Julia Schindler dressent le constat suivant: «Après trente ans, le moment est venu de repenser la notion de transition numérique . Il est temps de passer d’une approche séparatrice le numérique à la place de l’analogique à une approche unificatrice à la fois le numérique et l’analogique .» Parmi les autres thèmes abordés dans cette édition figurent les défis éthiques liés à la transition numérique, l’éducation aux médias et à la politique, la manière d’aborder les théories du complot et le potentiel de l’intelligence artificielle et de la réalité virtuelle dans le contexte de l’éducation des adultes. Revue erwachsenenbildung.at, édition 44-45, 2022: «Numérisation et éducation des adultes. Réflexions sur l’innovation et critiques». En ligne: https://erwachsenenbildung.at/magazin/ausgabe-44-45/ La plateforme européenne EPALE (Electronic Platform for Adult Learning and Europe) a compilé des récits d’apprenant·e·s à travers toute l’Europe. Ces témoignages montrent la diversité des parcours d’apprentissage possibles et les répercussions très variées de la pandémie de coronavirus sur les apprenant·e·s. Ces histoires ont été rassemblées l’année dernière au sein de la communauté EPALE et sont axées sur les trois axes thématiques d’EPALE en 2021, année de pandémie: compétences personnelles et professionnelles pour donner aux adultes les moyens d’apprendre et de participer; transition numérique et possibilités de l’apprentissage hybride; changement social inclusif pour la durabilité et l’équité. Les personnes ayant partagé leurs histoires sont actives dans l’éducation des adultes ou dans d’autres secteurs. EPALE Community Storybook 2021. Empowering adults to learn and participate in society. En ligne: https://epale.ec.europa.eu/de/node/317293 (cc by SA)

Littérature

Dans ce livre, 24 autrices et auteurs expliquent comment et pourquoi elles et ils lisent des livres, pourquoi elles et ils recommandent la lecture de livres et quel bénéfice elles et ils en tirent. Le duo qui a dirigé cette publication part du constat suivant: «Lire est une technique de survie.» On comprend par là la lecture d’informations, et notamment la capacité, en temps de crise, à pouvoir s’informer par le biais de la lecture. Mais faut-il aussi lire des livres en plus des médias d’information, et dans quel but? Et dans quelle mesure la lecture de livres est-elle une technique de survie? Les 24 réponses à ces questions contenues dans ce livre abordent des expériences de lecture concrètes et offrent une immersion profonde dans l’histoire et la généalogie de la lecture. Elles nous interrogent sur les enseignements que nous tirons des bons livres (et des mauvais), expliquent dans quelle mesure la littérature nous aide à nous adapter à un futur imprévisible et montrent ce qui fait l’attrait de la lecture. Ces textes passionnants ont été rédigés par des écrivaines et écrivains, des philosophes, des scientifiques, des journalistes et des critiques culturels. Katharina Raabe et Frank Wegner (2020): Warum lesen. Mindestens 24 Gründe. Suhrkamp Combien d’œuvres de femmes artistes connaissez-vous? Pouvez-vous citer spontanément vingt femmes peintres? Pouvez-vous en citer dix ayant exercé leur art avant 1950? Et une avant 1850? L’historienne de l’art britannique Katy Hessel se pose ces questions et part du principe que peu de gens peuvent y répondre. Après la fin de ses études d’histoire de l’art, elle-même s’est rendu compte qu’elle connaissait très peu de femmes artistes. Elle s’est aussi aperçue que l’ouvrage «Histoire de l’art» d’Ernst Gombrich, la «bible» des spécialistes en la matière, ne mentionnait aucune femme artiste dans sa première édition et qu’une seule figurait dans l’actuelle 16 e édition. Pourtant, à toutes les époques, il y a eu des femmes artistes; bon nombre d’entre elles ont été reconnues comme des expertes mais ont malgré tout été ignorées par l’histoire de l’art. Katy Hessel a voulu changer cela. Le résultat de son travail est une histoire de l’art allant de 1500 à aujourd’hui, racontée au moyen d’œuvres d’artistes femmes. Cet ouvrage n’est pas une «histoire de l’art au féminin». Il n’est pas non plus question d’un «art féminin» ni d’une sorte de regard féminin. Tout comme Ernst Gombrich, Hessel fait un récit de l’histoire de l’art occidental à partir de 1500 jusqu’à nos jours. Toutefois, contrairement à ce dernier, elle choisit des femmes artistes et leurs œuvres pour illustrer le développement artistique. Un livre extrêmement éclairant et nécessaire, car la plupart des musées du monde entier continuent de rassembler et d’exposer majoritairement des œuvres d’artistes masculins. Et aujourd’hui encore, une grande partie du public n’a pas conscience que les femmes artistes ne sont pas représentées. Katy Hessel (2022): The Story of Art without Men. Grosse Künstlerinnen und ihre Werke. Piper Ce petit manuel en est à sa dixième édition. Il offre un panorama complet des méthodes et outils qui permettent de développer des idées, faire avancer des processus ou mettre en mouvement des structures figées. En plus d’utiliser des références scientifiques, l’auteur s’appuie surtout sur sa longue expérience de coach en innovation, conseiller et animateur pour présenter des outils de réflexion de manière succincte et adaptée à la pratique. Il explique à quels objectifs les différents outils sont adaptés, comment les utiliser de manière pertinente et montre, le cas échéant, les références avec des contextes plus larges, par exemple la réflexion conceptuelle. Ce petit manuel pratique est conçu pour une utilisation individuelle ou en groupe. Florian Rustler (2020): Denkwerkzeuge der Kreativität und Innovation. Das kleine Handbuch der Innovationsmethoden. Midas

Littérature

Publié par Martin Allespach, Bernd Käpplinger et Jana Wienberg, ce manuel propose un aperçu détaillé de la formation continue en entreprise dans une perspective émancipatrice critique. Les différents articles qui composent l’ouvrage considèrent la formation continue en entreprise comme un processus de négociation entre les intérêts des entreprises concernant la qualification de leur personnel et les besoins de formation du personnel. L’approche ne se contente pas de prôner l’adaptation face aux transformations économiques et technologiques, mais elle met l’accent sur la capacité de chaque individu à construire activement ses propres conditions de travail et d’existence. Le manuel offre des analyses approfondies et des points de vue proches de la pratique qui mettent en lumière le rôle essentiel joué par la formation continue pour adapter le monde du travail aux défis de demain. Cela facilite la compréhension du domaine complexe qu’est la formation continue en entreprise ainsi que le développement de stratégies à déployer dans la pratique. Martin Allespach, Bernd Käpplinger et Jana Wienberg (Eds.) (2025): Handbuch Betriebliche Weiterbildung. Kritisch-emanzipatorische Ansätze in Theorie und Praxis. Éditions Bund-Verlag Les adultes disposant d’une faible qualification formelle travaillent souvent dans des conditions précaires et sont davantage exposés au risque de pauvreté que le reste de la population. Ce rapport de recherche explore les conditions de vie et les besoins en qualification de ce groupe de personnes ainsi que les facteurs qui viennent aggraver ou sont au contraire susceptibles d’améliorer leur accès à la formation. L’accent est mis sur cinq groupes distincts: les jeunes adultes qui ne sont pas insérés durablement dans le monde du travail; les parents qui élèvent seuls leurs enfants; les familles migrantes employées dans des secteurs faiblement rémunérés; les personnes sans emploi de plus de cinquante ans; les travailleuses et travailleurs indépendants. L’analyse révèle que différents facteurs viennent influencer les besoins en formation et les obstacles à la formation de ces différents groupes de personnes: les conditions structurelles telles que les inégalités sociales, les conditions institutionnelles générales telles que l’accès à l’éducation et au marché de l’emploi, les aspects liés à la situation personnelle tels que les obligations familiales ou encore les problèmes de santé, les expériences et prédispositions individuelles telles que les peurs ou les réserves vis-à-vis de la formation. Le rapport formule cinq recommandations générales à partir des résultats de recherche obtenus: adapter le financement des mesures de formation aux besoins des personnes exposées au risque de pauvreté; mieux concilier activité professionnelle et formation, notamment en proposant des solutions pour la garde des enfants; poursuivre le développement et le renforcement des parcours de formation alternatifs; faciliter l’accès aux informations et aux conseils qualifiés des personnes en situation de pauvreté ou exposées au risque de pauvreté; améliorer rigoureusement l’accès aux offres de formation et aux structures d’aide. Eva Mey et al. (2022): Förderung der Qualifizierung Erwachsener: armutsgefährdete Personen in ihren Lebenswelten erreichen. Rapport de recherche n°14/22, Office fédéral des assurances sociales Ce volume rassemble des articles, réflexions et histoires issus de plus de trente ans de travail sur l’éducation. La familiarité de l’auteur avec des sujets très variés se reflète dans la diversité des thèmes et points de vue abordés, qui vont de l’enseignement spécialisé à la formation des adultes en passant par l’assistance, le développement organisationnel et la didactique universitaire. L’ouvrage est découpé en trois thèmes principaux: la gestion des situations inattendues, l’échec productif et la gestion des limites. Des références musicales s’immiscent parfois parmi ces différents thèmes, en particulier le jazz qui se caractérise lui aussi par le rôle important laissé à l’inattendu. La référence ne doit rien au hasard: l’auteur, Geri Thomann, est non seulement formateur pour adultes, consultant et spécialiste du développement organisationnel, mais il est également jazziste de formation. Outre les analyses et exemples pratiques qu’il fournit, l’auteur propose des histoires et anecdotes pour illustrer les thèmes abordés. Les différentes interrogations et réflexions disséminées dans l’ouvrage sont autant d’incitations, pour les lectrices et lecteurs, à réfléchir également à leur propre point de vue au sujet de la formation et de ses échecs. Ce recueil passionnant permet d’accéder à différents textes publiés au cours de ces trente dernières années dans diverses publications, dont EP notamment. Geri Thomann (2025): Bildungsgeschichten aus der Peripherie. Über den Umgang mit Unerwartetem, produktives Scheitern und Grenzmanagement. Éditions Hep-Verlag

Littérature

Critique de la culture et spécialiste littéraire, l’écrivaine américaine bell hooks (1952-2021) a fortement influencé le discours féministe en tant qu’autrice et activiste, et ce dès l’âge de 19 ans, où elle écrit son premier livre: «Ne suis-je pas une femme? Femmes noires et féminisme». Cet ouvrage laisse déjà augurer l’évolution de sa pensée vers une critique radicale de la société qui est toujours d’actualité. Avec ses analyses sur l’interconnectivité de la race, du genre, de la classe et de la sexualité, et sur les mécanismes de pouvoir dont ils sont l’objet, bell hooks a saisi, il y a plus de 40 ans, un principe aujourd’hui discuté sous la notion d’«intersectionnalité» et parfois présenté comme une nouvelle perspective. Dans ses nombreux ouvrages, bell hooks a souvent mêlé l’analyse de la société et la critique de la civilisation actuelle avec des récits autobiographiques. La théorie devait être accessible et contribuer à changer la réalité. L’éducation jouait un rôle important à cet effet: avec sa trilogie «Teaching», bell hooks, qui a elle-même été enseignante, plaidait pour une pédagogie axée sur le changement et la transformation. Son approche consistant à comprendre l’éducation en tant que pratique de la liberté a pour but de parvenir à une manière d’apprendre et d’enseigner qui permet de dépasser les limites racistes, sexistes et liées à la classe sociale. bell hooks (2023): Apprendre à transgresser. L’éducation comme pratique de la liberté. Editions Syllepse. «Apprendre à transgresser» ou «Teaching to Transgress», titre original du livre, est le premier tome de la trilogie «Teaching» de bell hooks. Dans ce livre, il est question d’une étrange quête d’identité. Avec des moyens littéraires, Kim de l’Horizon explique ce que les théories sur le genre indiquent de manière abstraite: la séparation des êtres humains en seulement deux genres n’est pas naturelle, mais est une technique de pouvoir, et donc un carcan qu’il est possible de briser. Le livre est un récit d’autofiction d’un personnage non-binaire qui recherche sa relation avec soi-même, avec son corps et avec sa sexualité et qui explore les bribes de souvenir de son enfance. Et lorsque la grand-mère, un personnage-clé dans le récit, commence à perdre la raison, le personnage narrateur élargit la recherche de ses propres racines. Il décide de suivre la généalogie des figures féminines qui constituent sa lignée maternelle et remonte jusqu’au XIV e siècle. Les méandres de cette recherche aboutissent à la tentative de créer un langage pour mettre des mots sur des expériences passées sous silence, marginalisées et à peine transmises. «Hêtre pourpre» est un livre radical et une forme d’archéologie personnelle. Ou, comme le précise le résumé sur la jaquette: «Ce roman est un acte de libération des choses que nous transmettons sans y être invité: le genre, les traumatismes, l’appartenance à une classe. Kim de l’Horizon se met en quête d’autres formes de savoir et de transmission, de récit et de devenir-soi; son récit sape les formes linéaires du récit familial et se rapproche d’un style d’écriture fluide qui ne fige rien, mais qui ouvre des horizons.» Kim de l’Horizon (2023): Hêtre pourpre. Éditions Julliard. Le récit de Toni Morrison (1931-2019), lauréate du Prix Nobel de littérature, a été une expérience littéraire. Il raconte l’amitié entre deux jeunes filles, l’une est noire et l’autre blanche, et la manière dont le racisme et l’appartenance à une classe se répercutent sur les relations personnelles. Particularité du récit: le lecteur ou la lectrice ne sait pas laquelle des deux jeunes filles est blanche et laquelle est noire. Roberta et Twyla se rencontrent dans un foyer pour enfants. Elles deviennent inséparables et se perdent de vue avant de se recroiser par hasard des années plus tard à l’âge adulte lors d’un dîner, au supermarché, dans le cadre d’une manifestation. Les deux femmes occupent des positions sociales très éloignées l’une de l’autre. L’intimité qu’elles ont partagée autrefois est toujours présente, mais il y a désormais un fossé profond, presque infranchissable, entre leurs parcours de vie et leurs propres situations de vie. Avec cette expérience, l’autrice invite le lecteur et la lectrice à rechercher en permanence des indices révélant la couleur de peau de chacun des deux personnages principaux, une méthode extrêmement efficace pour forcer une réflexion sur les stéréotypes sociaux et les préjugés: pourquoi attribue-t-on telle ou telle qualité, tel ou tel comportement, tel ou tel mode de vie plutôt à une personne noire? Ou plutôt à une personne blanche? Sur quoi reposent de telles suppositions? Dans la postface, la romancière Zadie Smith résume comme suit cette expérience de lecture: «Lorsqu’on lit Récitatif avec des étudiantes et étudiants, le groupe se sent de plus en plus mal à l’aise avec sa propre envie de clarifier cette question, peut-être parce que la plupart des tentatives d’y répondre en disent plus sur les lectrices et lecteurs que sur les personnages.» Toni Morrison (2023): Récitatif. Editions 10/18.

Littérature

Globalement optimiste: tel est le regard que porte l’historien Rutger Bregman sur l’humanité. L’auteur montre que l’altruisme et la coopération font partie intégrante de la nature humaine. Il appelle à abandonner la vision négative sur le monde et l’humanité et à gagner la confiance de nos semblables et de la société. Selon lui, les humains agissent de manière raisonnable et solidaire pendant les crises. Dans son ouvrage, il déconstruit les mythes et les discours usuels de l’humain égoïste qui, pendant les situations de danger et de crise, se montre égocentrique. Bregman cite comme exemples les accidents d’avion, au cours desquels les passagers sont attentionnés et prennent soin les uns des autres, ou les guerres, durant lesquelles les humains se prêtent assistance quelles que soient leurs origines. Rutger Bregman identifie aussi des comportements bienveillants dans la crise climatique. Il décrit des catastrophes naturelles que les humains surmontent en unissant leurs efforts, ou fait référence à des accords internationaux visant à atteindre des objectifs en matière d’émissions. L’Accord de Paris, signé par près de 200 pays, en est un exemple. Selon Bregman, la volonté fondamentalement positive de l’humanité se reflète dans le dépassement des barrières linguistiques et culturelles dans le contexte du développement durable. Pour les lectrices et lecteurs, le regard optimiste posé par Rutger Bregman sur l’humanité laisse espérer un monde humain, juste et respectueux de l’environnement. (mmu) Rutger Bregman (2021): Humanité. Une histoire optimiste. Seuil. https://filmsfortheearth.org/ L’organisation à but non lucratif «Films pour la Terre» souhaite intéresser les gens à la protection de l’environnement et du climat, et leur donner des idées pour agir. Elle gère une vaste médiathèque de quelque 600 documentaires, dont un grand nombre est accessible gratuitement sur son site internet. D’autres documentaires sont disponibles à la location. Des informations supplémentaires et des pistes de réflexion sont proposées pour certains documentaires et peuvent être utilisées à des fins éducatives. L’organisation propose aussi des conseils et recommandations sur des œuvres adaptées au contexte scolaire. La médiathèque couvre un large éventail de thèmes: le climat, la santé, la consommation, le génie génétique et les semences, les microplastiques, la mobilité, le recyclage et le surcyclage, la permaculture et la mer en tant qu’écosystème. Les œuvres intégrées dans la médiathèque sont des documentaires réalisés de manière professionnelle qui ne se limitent pas à aborder les problèmes, mais qui présentent aussi des approches de solutions. Outre la gestion de la médiathèque, «Films pour la Terre» organise chaque année un petit festival de films dont le programme-cadre invite à s’intéresser de manière divertissante à des thèmes en lien avec l’environnement et à réfléchir à la manière dont chaque individu peut contribuer personnellement à la protection du climat. Voir également l’entretien avec Kathrin Reimann dans cette édition d’EP. (is) https://filmsfortheearth.org/ L’économiste Maja Göpel en est certaine: il n’est plus possible de continuer à faire comme avant, compte tenu de la crise climatique, de la multiplication des conflits entre richesse et pauvreté, et de la polarisation croissante de la société. Elle analyse différentes thématiques comme le progrès technologique, la croissance et la consommation, le marché et l’État, la justice et la nature. Maja Göpel porte aussi un regard critique sur la vision humaine des sciences économiques, qui continuent de voir en l’être humain une créature centrée sur elle-même, dont l’égoïsme apporte accessoirement et de manière formidable le bien-être à tous. Face à un système qui récompense l’égoïsme, l’autrice oppose des valeurs qui encouragent la coopération. Maja Göpel veut faire tomber les barrières qui enferment la pensée. Elle plaide pour l’abandon des concepts et récits d’hier, mais ne se contente pas de les opposer à de nouvelles certitudes. Au contraire, elle recommande ceci: «Plus une personne affirme avec énergie qu’il n’y a pas d’alternative à quelque chose, plus vous devez remettre ce point de vue en question.» Parmi les messages qu’il délivre, cet ouvrage passionnant et rédigé dans un style accessible invite tout un chacun à participer au changement pour instaurer un système économique plus durable. (is) Maja Göpel (2021): Unsere Welt neu denken. Eine Einladung. Ullstein.

Littérature

La quatrième édition du rapport sur l’éducation en Suisse a été publiée le 7 mars 2023 par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE). Il est structuré par degré de formation et présente des informations sur l’ensemble du système éducatif suisse. Le rapport sur l’éducation s’appuie sur trois critères: efficacité, efficience et égalité des chances (équité). En plus de l’école obligatoire, du degré secondaire II et du degré tertiaire, le rapport consacre un chapitre à la formation continue. Il en ressort que cette dernière revêt une importante croissance au regard des changements technologiques et économiques. Une grande partie de l’activité de formation continue en Suisse est motivée par des raisons professionnelles (87 %), ce qui s’explique notamment par le dynamisme du marché du travail suisse. Comparée à d’autres pays européens, la Suisse affiche un taux très élevé de participation à la formation continue. Cela s’explique par la solide performance économique de la Suisse. Dans le même temps, le taux de participation des personnes peu qualifiées à des formations continues est particulièrement faible. Ce qui signifie que les personnes sans formation postobligatoire profitent peu de l’activité de formation continue, globalement intense en Suisse. Depuis 2010, le rapport sur l’éducation en Suisse est élaboré tous les quatre ans par le CSRE. En raison du laps de temps supplémentaire jusqu’à la parution, le CSRE a pu prendre en compte les répercussions à court terme de la pandémie dans ses analyses. Les données de 2020 ont été comparées avec celles de l’année précédente et de l’année suivante, permettant ainsi d’établir des constats sur les répercussions réelles de la pandémie. Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation CSRE (2023): L’éducation en Suisse, rapport 2023 Informations complémentaires: https://www.skbf-csre.ch/fr/rapport-sur-leducation/rapport-education/ Avec pour exigence de présenter une théorie de la modernité, Andreas Reckwitz analyse un processus social qu’il nomme la singularité. Selon sa thèse, ce processus s’impose au début du XXI e siècle dans l’économie, le monde du travail, les technologies numériques, les modes de vie et la politique. L’ancienne logique de la généralité, dominante dans la modernité, perd du terrain pour céder la place à une nouvelle logique, celle de la singularité. La généralité et la standardisation tombent de plus en plus sous le soupçon du conformisme. On ne s’intéresse plus à l’individu moyen et à son existence ordinaire, mais au sujet authentique, qui doit afficher des intérêts non conventionnels et une biographie non linéaire. Ce transfert d’importance au profit de la singularité, de la particularité et de l’unicité ne concerne pas seulement l’individu et ses modes de vie, mais aussi les biens, les villes, les communautés, etc. Les sociétés de la modernité tardive, au sens de Reckwitz, célèbrent partout ce qui est singulier et incomparable, jusqu’à l’«explosion du particulier». Cette tendance entraîne une dynamique contradictoire, car la société des singularités de la modernité tardive engendre ses propres incohérences et inégalités. Cette dynamique bouleverse radicalement le rapport social entre la généralité et la particularité, ébranle les structures de base et les certitudes et entraîne ainsi des crises aux multiples facettes. Selon cette analyse, il faut se détacher des idées de société égalitaire, d’ordre rationnel et de structure de personnalité équilibrée car, selon Reckwitz, elles sont une «pure nostalgie». Andreas Reckwitz (2017): Gesellschaft der Singularitäten. Berlin: Suhrkamp Faisant suite à son ouvrage « La carrière professionnelle 4.0» consacré aux grandes tendances modifiant le monde du travail et de la formation, Grégoire Evéquoz se penche à présent sur les conséquences de ces changements pour les personnes concernées. Constatant la disparition des repères habituels sur lesquels les personnes s’appuyaient pour envisager leur avenir, ainsi que les incertitudes nouvelles qui y sont liées, l’auteur se demande comment les professionnels de l’accompagnement peuvent aider les jeunes et les adultes à construire leur avenir. L’auteur retrace d’abord dans les grandes lignes l’évolution de différents modèles et mode de pensées, pour ensuite mieux appréhender les doutes et incertitudes des changements actuels – notamment concernant les développements technologiques. Il décrit ensuite ce que sont, selon lui, les nouvelles normes, tendances, valeurs et aspirations en termes de formation et d’emploi. Puis, s’appuyant sur six compétences de vie, il propose finalement des clés afin que les individus et/ou les personnes qui les accompagnent puissent s’orienter et avancer avec les incertitudes inhérentes au monde actuel. Grégoire Evéquoz (2022): Du choix d’un métier à la construction de sa vie. L’accompagnement à l’ère des incertitudes. Lyon: Chronique sociale.

Littérature

En Suisse, on estime à environ 800 000 le nombre de personnes qui ont du mal à lire un texte simple et à en comprendre pleinement le sens. Parmi ces personnes, une petite partie seulement profite de la possibilité de suivre un cours de compétences de base. Dans d’autres pays, la situation est similaire. Par conséquent, dans le domaine de la formation continue, on s’efforce par la recherche et la pratique de développer des approches innovantes pour une alphabétisation et une promotion des compétences de base plus fortement axées sur l’univers de vie. Le recueil de textes intitulé «Ancrer la formation de base dans l’univers de vie. Exemples pratiques, conditions de réussite et perspectives» [Grundbildung in der Lebenswelt verankern. Praxisbeispiele, Gelingensbedingungen und Perspektiven] offre, avec 35 contributions, des aperçus du travail de divers acteurs et actrices dans le contexte d’une telle formation axée sur l’univers de vie. On y trouve des rapports au sujet d’activités de formation orientées sur l’univers de vie des personnes participantes: éducation des enfants, santé, finances, loisirs. Les possibilités de mise en œuvre concrète du concept du travail éducatif de proximité sont présentées dans des rapports d’expérience répartis en cinq chapitres: (1) coopération et réseaux, (2) approche, sensibilisation et travail de communication publique, (3) cadres et lieux d’apprentissage, (4) formation de base thématique et (5) qualification, professionnalisation et pérennisation. L’ouvrage s’adresse à des personnes issues de la pratique, de la recherche et de la politique, et qui prennent des décisions dans le domaine de la formation continue, de la promotion des compétences de base et du travail social. Ulrike Johannsen, Birgit Peuker, Svenja Langemack, Andrea Bieberstein (éd.) (2022): Grundbildung in der Lebenswelt verankern. Praxisbeispiele, Gelingensbedingungen und Perspektiven [Ancrer la formation de base dans l’univers de vie. Exemples pratiques, conditions de réussite et perspectives]. Bielefeld: wbv Publikation. La publication (en allemand) peut être téléchargé gratuitement. Ce dictionnaire regroupe les connaissances actuelles sur la formation continue. Il contient plus de 300 termes clés, classés par ordre alphabétique et décrits par des expertes et experts conformément aux acquis les plus récents de la recherche. Les termes sont associés aux domaines thématiques suivants: didactique et méthodologie, recherche et science, histoire et développement, enseignement et apprentissage, savoir et expérience, organisation et profession, politique et droit, théories et concepts. Le «Dictionnaire de la formation continue» publié en 2023 est une nouvelle édition entièrement révisée du «Dictionnaire de l’éducation des adultes» (2010) paru pour la première fois en 2001 sous le titre «Dictionnaire de la pédagogie pour adultes». Cette nouvelle édition entend «refléter les développements fondamentaux de la formation continue avec la terminologie adéquate et en tenant compte des contextes sociaux modifiés». Il s’adresse aux étudiantes et étudiants, enseignantes et enseignants, chercheuses et chercheurs, ainsi qu’aux personnes travaillant dans la recherche sur la formation continue. Il constitue également un ouvrage de référence utile pour les institutions de formation, la politique et l’administration de la formation et les services du personnel. Rolf Arnold, Ekkehard Nuissl, Josef Schrader (éd.) (2023): Wörterbuch Erwachsenen- und Weiterbildung [Dictionnaire de la formation continue], 3 e édition entièrement révisée. Bad Heilbrunn: éditions Julius Klinkhardt. Partant de la distinction entre former et apprendre, l’ouvrage de Philippe Carré montre tout d’abord comment s’est fait le passage d’un paradigme de la formation à un paradigme de l’apprenance. Ce regard critique en arrière, pointant notamment les potentiels et les limites conceptuels, permet ensuite de réfléchir concrètement et pratiquement à l’accompagnement des adultes dans le but de favoriser un apprentissage autodéterminé et autogéré tout au long de la vie. Différents thèmes sont abordés, dont les dispositions à apprendre (facteurs endogènes), les contextes d’apprentissages (facteurs exogènes) et pratiques d’apprentissage (facteurs énactifs), par le biais de plusieurs disciplines, faisant entre autres dialoguer psychopédagogie des adultes et sociologie du sujet, et ceci à différents niveaux d’analyse. Les enjeux fondamentaux du «vouloir se former», «pouvoir se former» et «savoir se former» doivent aujourd’hui être articulés avec l’accessibilité croissante des ressources numériques et les processus de numérisation. Dans cette situation, les espaces (notamment informels ou semi-formels) où les adultes apprennent, tout comme le rôle et la posture des formateur·trice·s, demandent à être repensés en profondeur. En réinterrogeant les pratiques actuelles et les récents développements au travers du prisme de l’apprenance, Philippe Carré propose un renversement des perspectives, aussi riche comme support pour la réflexion que pour la pratique. Philippe Carré (2020): Pourquoi et comment les adultes apprennent. De la formation à l’apprenance. Paris: Dunod.

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